De moi un peu par Alain Gérard

8 Né à Saint-Sauveur (54), issu d'un milieu social perturbé par un père alcoolique, après avoir fréquenté l'école communale, je n'irai pas rejoindre le collège de Cirey. Non, car cette solution, c'est m'avoir à la maison et donc à manger tous les jours. Par contre, interne au Boutet-de-Monvel à Lunéville, c'est pris en charge à 100%. Mais il ne faut pas en revenir trop souvent, le bus ça coûte ! Donc tu reviendras toutes les trois semaines ! C'est ainsi que j'ai grandi avec l'idée que je ne valais pas grand chose. Jusqu'au jour où un professeur du lycée technique décide de m'accorder un tableau d'honneur alors que je suis 15ème sur 35 ! C'est le choc de ma vie (A cette époque, les classements et les remises de tableaux d'honneur sont cérémonieux et solennels). Je mettrai du temps à comprendre que c'est ma remontée de la 33ème place au trimestre précédent à la 15ème qui m'a valu cette distinction (Le trimestre suivant je serai 2ème, ceux d'après 1er). C'est donc à 14 ans et grâce à ce professeur que je prend conscience que je ne suis peut-être pas plus bête qu'un autre. Mais pour autant, le complexe d'infériorité qui était déjà fortement ancré ne s'est jamais vraiment évacué, même s'il ne m'a pas empêché par la suite de me faire élire et réélire maire de ma commune à quatre reprises, ainsi que conseiller général du canton.

SNCF

Au début des années 70, le taux de chômage est inférieur à 3% (il est de 9% en 2018). Professionnellement volage jusqu'à l'âge de 30 ans (8 employeurs), j'intègre la SNCF en tant que conducteur de train en 1978 et ainsi je passe de volage à roulant. Progressivement, je découvre l'accumulation des longues heures à scruter la voie et les instruments de bord. Les longues heures où l'esprit dérive, dérive ... (jaune). Elu maire en 1985, j'ai des projets pour ma commune, racheter les friches industrielles textiles, traiter les bâtiments, les espaces, créer un plan d'eau, aménager l'éxistant. C'est passionnant, exitant et très chronophage. Au point de délaisser d'autres pans de ma vie privée.

J'attaque le début de l'année 2000 très fortement déprimé par la catastrophe provoquée par la tempête Lothar. L'environnement est durablement accidenté, endommagé, voire détruit à 100%. De plus, elle a amputé pour longtemps ma commune des précieux revenus annuels que constituait la vente de bois sur pied. Mais depuis plusieurs années apparaît aussi ce que l'on va vite appeler le principe de précaution. Cela commence par le durcissement des normes de sécurité pour les bâtiments publics et s'étend ensuite à la protection des personnes. Tout le monde ouvre le parapluie, tente de décharger sa responsabilité sur le personnel subalterne ou plus directement sur son collègue. J'ai le souvenir de commissions de sécurité épiques où face au pompier, gendarme, sous-préfet et autres services de l'Etat, le maire se retrouve seul, avec le poids sur les épaules. Fini les projets d'avenir, bonjour le botter en touche !

Michel Dinet

Le mandat de conseiller général apportera un souffle nouveau. Aider un homme exceptionnel comme Michel Dinet lors de son élection, travailler pour lui, avec lui, fut un des meilleurs moments de ma vie. Lorsque la mise aux normes du collège de Cirey apparaît tellement lourde que son abandon est envisagé, je monte au créneau auprès de lui, arguant du fait qu'il était insupportable de toujours constater la fuite des équipements et services publics. Il m'a entendu. Un collège neuf est né à Cirey.

Mais la fonction de vice-président est lourde de déplacements dans tout le département. Aussi, fatigué et amoindri par des problèmes de santé, je décide d'abandonner mes mandats électifs. Informé par la bande, Michel Dinet ne l'entend pas de cette oreille et fait le forcing pour que je renonce. Mais ma décision est prise. En collaboration avec mon précieux adjoint Bouquet, une stratégie est mise sur pied (possiblement discutable, j'en conviens). Le but final est d'apporter une précieuse voix à Michel Dinet pour sa réélection en 2008. La date du renouvellement des conseils municipaux (et des conseillers généraux) est prévue en mars 2008. Je démissionne un an plus tôt, en 2007, pour installer un maire, qui aura ainsi une stature de maire pour aller à l'élection du conseil général un an plus tard. C'est ainsi que Josiane Talotte fut élue maire en 2007, puis à nouveau élue maire en même temps que conseillère générale en 2008. Elle pu ainsi apporter sa voix à Michel Dinet (un peu la mienne par procuration, diminuant mon sentiment de l'avoir laissé choir). Notons que Josiane Talotte aura été le dernier conseiller général de l'Histoire, le canton de Cirey ayant disparu.

Vous avez dit tourisme ?

A l'heure des bilans, il y a des satisfactions et bien sûr des regrets. Au nombre de ces derniers, il y a celui de n'avoir pu créer un courant de fréquentation touristique pérenne. Dès mon élection en 85, j'ai prôné un redéveloppement par le tourisme. Mais je prêchais dans le désert. L'empreinte de l'industrie des usines textiles, verrières, faïencières et autres était trop incrustée dans les gènes de mes collègues. Du tourisme ? c'est de l'amuse gueule, ça n'est pas sérieux. Il faut redynamiser, recréer un tissu industriel. Toutes les tentatives ont viré au fiasco. 30 ans plus tard, la prise de conscience existe enfin. La Maison de la Forêt, l'aire de camping-cars sont des réalisations qui vont dans le bon sens. Mais de mon point de vue, il y a 30 années de perdu. Car entre-temps, un courant de fréquentation touristique a bel et bien vu le jour: Il s'appelle Center-parcs, mais hélas, hormis quelques miettes, il n'apporte rien au secteur. Aurait-on pu faire nous-même, plus tôt, aussi bien que Center-parcs ? Non bien sûr, impossible de rivaliser avec un tel groupe financier. Mais en est-on sûr ? L'appel à l'investissement particulier pour de l'hébergement, comme le fait Center-parcs, était tout à fait possible. Il fallait juste montrer l"exemple, prouver que ça pouvait fonctionner. Combien de fois ai-je tenu ce discours devant un auditoire dubitatif ? Pascal Gérard, l'architecte qui a beaucoup travaillé pour la commune, pourrait le confirmer. Il s'en est fallu de peu pour que son père, propriétaire du Domaine des Bans à Corcieux, investisse chez nous. ("Le Domaine des Bans permet à Corcieux de doubler sa population en été" - Vosges matin 05/08/2015). Il a manqué une volonté commune, une envie d'y croire ...

Les grandes gueules

18 Toujours en matière de fréquentation touristique, un autre regret est celui de n'avoir pu exploiter un thème qui m'est cher depuis longtemps : Le film "Les grandes gueules". Nous avions - et nous avons toujours - tout ce qu'il fallait. L'environnement, la scierie, l'Histoire (les scènes forestières ont été tournées à Saussenrupt), l'accueil restaurant à la Gagère. Il fallait créer un produit touristique. Le lieu culte du film, Le Cellet près de Gerardmer, a quasi disparu. Les vosgiens n'ont pas exploité ni entretenu la nostalgie. Nous aurions dû en profiter. J'avais des idées précises sur le produit à créer. Il fallait inventer une visite spectacle, à grands renforts de sonorisations et d'éclairages, visites dans la sciure, de la mécanique poulie courroie, puis projection vidéo d'extraits du film, bref, il fallait concocter un vrai spectacle à sensations, en intégrant des spectacles extérieurs (le raveton de schlitte est juste en face). En 2003, j'avais écrit un scénario pour Machet ...
C'est José Giovanni qui est à l'origine du film. C'est lui qui avait auparavant écrit le roman "le haut fer". Il n'avait pas hésité à s'immerger dans la faune locale pour entendre, voir et comprendre. Il a pu ainsi retranscrire les particularités vosgiennes qui sont nos racines. Extraits de son commentaire sur le bonus du CD :

Il est amusant de relever que ce que José Giovanni appelle les Hautes Vosges, c'est la vallée de Saussenrupt, du piémont vosgien 54 !

Il y a plus de 20 ans, j'avais développé une vision, un scénario sur le sujet : Du cellet à la scierie de Machet .... Mais je n'ai pas su convaincre et sans doute n'y ai-je pas mis assez d'énergie.

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Le musée du textile

Au rang des satisfactions, je pense évidemment à la création du musée du textile. Après le rachat des deux friches industrielles, après les débats animés sur les démolitions et sauvegardes des bâtiments, quoi faire dans les bâtiments de la Cotonnière Lorraine qu'on avait décidé de sauver ?
L'idée d'un musée du textile, à peine formulée, était évacuée illico. Et pour cause, il ne restait rien, tout avait été vendu, ferraillé, jusqu'au dernier boulon. Cependant, un jour (un soir plutôt) je décide de la remettre sur la table : "Et si on tentait d'en faire un quand même ? Certes, on part de rien, mais il doit bien rester des usines dans les Vosges qui ont des matériels similaires à ceux que l'on avait, non ?" ... 18 Je me rappelle très bien du silence qui a suivi, de ce moment particulier où, autour de la table, les gens se regardent en se disant "Est-ce sérieux, où met-on les pieds, vas t-on y arriver ?". Et puis très vite emmergent les avis favorables. La volonté de s'impliquer personnellement aussi. La mairie de Guebwiller fait savoir qu'une usine textile vient de fermer et que l'on peut récupérer du matériel gratuitement. Une "expédition" est montée avec l'aide précieuse de l'entreprise BARASSI pour le transport de matériel. Et c'est ainsi que les choses ont débutée. Plus tard, une association s'est crée et a pris le relai du conseil municipal.

Mais hélas, alors que des financements exceptionnels avaient pu être trouvés, une grave mésentente avec l'association venait ternir le tableau. Les bénévoles de cette association, anciens du textile, compétents et altruistes, ont fini par s'approprier malgré eux ce projet de musée, au point de ne plus pouvoir le partager et accepter des évolutions pourtant souhaitables. J'avais beaucoup travaillé (et d'autres services également) pour l'embauche d'un permanent (comme l'a fait plus tard la Mason de la forêt). Mais ce fût un échec cuisant qui laissa des trâces ...

Crépuscule

1983, 1985, 1989, 1995, 2001, 2007, 2008, j'ai longtemps vécu au rythme de ces années d'élections. Comment ne pas penser à toutes les personnes qui m'ont accompagné, dont beaucoup ne sont plus ...

Personnes éluesAnnées d'élections
ANDRE Philippe1983
ARSON Yannick2001
BECKER Marie1989
BERNARD Christian2001
BESNARD Pierre1989
BESNARD Sylviane1995
BLAISE Michel1983 - 1989 - 1995
BONTEMS Raymond1983
BOUQUET René1983 - 1989 - 1995 - 2001
CARO Evelyne2001
CAYET Jean-Lou1983
CHAROLET Daniel1985 - 1989 - 1995 - 2001
CHOWANSKI Annie1995
CHOWANSKI Jean-Claude2001
CONOT Daniel1995 - 2001
COSTER Jean-François1989 - 1995 - 2001
DARDAINE Daniel1983 - 1989 - 1995 - 2001
DARDAINE Jacqueline1989 - 1995
DENIS André1989
EHRLE Gerard1985
ERHART Pierre1983
FERRON Jean-Marie1995 - 2001
GERARD Alain1983 - 1989 - 1995 - 2001
GERARD Francis1985
GODFROY Claude1983
GRANDCLAIRE Pierre1983
GRANDJEAN Olivier1985 - 1989 - 1995
GUENAIRE Henri1989 - 1995
HERY Bernard1983
KEMPER Jean-Michel2001
LAMBOUR Michel1985 - 1989 - 1995 - 2001
LAURAIN André1983
MARCELET Raymond1983
MUNIER Bernard1983
ROC Claire1989 - 1995
SABATIER Brigitte2001
SCHALLER Robert1983
SCHMITT Marie-Jo2001

Hommages et merci à eux pour leur soutien.



A l'instar du final du Seigneur des anneaux, j'imagine le bateau qui va m'emmener vers les terres immortelles de Valinor ...

 

 


 
 

  Crédit photos : Alain GERARD, J. STENGER, ER, Google Earth  |  05 septembre 2018