De la scierie de Cellet à la scierie de Machet

Mais qu'est vraiment devenu le lieu du célèbre haut fer de la scierie de Cellet, près de GERARDMER ? par Alain Gérard

Si on allait voir ?

Tour d'abord, il a fallu s'orienter sur la base d'indications vagues et en l'absence de la moindre pancarte. Lorsque, à GERARDMER (et même au Beillard qui est plus proche), on demande à quelqu'un s'il est du secteur, qu'il vous répond par l'affirmative, mais qu'il avoue ne pas savoir où se trouve le lieu-dit Le Cellet (et même jamais entendu parlé), on commence à se poser de sérieuses questions. Lorsque, enfin, quelqu'un sait, il peine à expliquer : "il faudrait aller à la zone industrielle de Beillard et là, vous demanderez votre chemin".

18 18 Finalement, je trouve le lieu du Cellet un peu, voire complètement par hasard. Un grand baraquement en longueur devant lequel stationnent plusieurs véhicules immatriculés en Belgique, une rivière tout à coté, et le sentiment que ça pourrait être là. Mais non, ça n'est pas possible, il n'y a pas la moindre indication ! Puis après avoir dépassé le petit pont de la rivière, je découvre toujours par hasard, une pancarte de 30 cm au carré clouée sur un arbre.
18 A coté de l'arbre, un bizarre monument fait d'un tronc d'arbre vertical portant à trois mètres de haut des sortes de pétales bordées de lames de scie et comportant les noms gravés de "Rolan - Bouvil - Ventura". En fait, ce serait plutôt une sculpture d'artiste, mais trop écrasée par la végétation, on ne sait pas trop ce que l'on voit.
C'est tout.

Finalement, les lieux de tournage se résument à cette pancarte

Ce que je ressens alors est difficilement explicable. Je pense à José Giovanni qui n'a pas manqué de revenir sur les lieux longtemps après. Qu'a t-il dû ressentir, lui ? Ce baraquement en bois à la place de la scierie, cette minuscule pancarte, cette sculpture presque dissimulée (qui a au moins le mérite d'exister), quel choc cela a dû être après les émotions du tournage et le succès du film ! ...

En fait, le peu que l'on trouve sur place vise à rendre hommage aux acteurs "monstres sacrés" qui ont tourné là. Mais le film, c'est bien plus que ça car c'est un tout ! C'est le témoignage de l'activité forestière d'une époque (bûcheronnage, schlittage, sciage, etc.); c'est la mise en valeur des paysages et du patrimoine du massif vosgien, de l'eau force motrice..., et ce tout, c'est un monument !

Le haut fer

Le haut fer, c'est le titre du roman à l'origine du film, écrit par José Giovanni. En 1964, il y a près de 54 ans, il avait déjà détecté des singularités qu'il jugeait suffisamment fortes et enracinées pour en faire un roman, puis un film.
La vidéo ci-contre est un extrait de son témoignage, présent sur le bonus du DVD du film. A la position 02:15, il y fait part des ses regrets ...
Il est amusant de relever que ce que José Giovanni appelle les Hautes Vosges, c'est la vallée de Saussenrupt, du piémont vosgien 54 !

Toutes les scènes forestières ont été tournées dans la vallée de Saussenrupt (54480)
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La scierie de Machet

La scierie de Machet ( du nom du lieu-dit ) est située dans le piémont vosgien Meurthe-et-Mosellan, dans l'ex canton de CIREY-SUR-VEZOUZE, à 6 km en amont de la commune de VAL-ET-CHATILLON. Pour être exact, elle est située sur le territoire de la commune du joli village perché de Saint-Sauveur.
La scierie de Machet est l'unique construction du lieu-dit. C'est une scierie hydraulique.
Elle est située à la conjonction des ruisseaux "le Val" et de "Mauvais".
Elle a longtemps été un haut fer en prise directe sur le ruisseau de Mauvais.
Puis un canal a été créé sur le ruisseau le Val, permettant de la faire fonctionner grâce à une chute d'eau par conduite forcée d'une hauteur de 40 m.

Petit historique

18 La scierie de Machet est la seule survivante sur les 31 scieries hydrauliques que comptait la Haute-Vezouze.
Les plus anciens écrits que l'on ait retrouvés datent du XVIe siécle. Sur le site de Machet existait, depuis le XViè siècle au moins, une scierie qui, en compagnie des scieries de Mauvais et de la Boudouze, desservait la forét de Bousson, propriété du Comte de Blâmont.
Vers 1546, compte tenu de l'extension de l'industrie du bois, on créa une fonction de gruyers. Ils vendaient bois et planches, percevaient une redevance pour selfs de paxon (2), assuraient le flottage des bois, l'entretien des digues et chaussées, des moulins, et payaient des gardes et sagârds (3). Le gruyer (4) logeait au château et pouvait avoir le titre de châtelain....
Après la Révolution Française, ce fut l'administration forestière qui assuma la charge de ces scieries devenues domaniales. Des ajustements techniques s'avérèrent bientôt nécessaires, Machet manquait d'eau en période de bas étiage(5) du ruisseau du Val.
18 En 1872, le haut fer (6) de Machet fut modernisé, la force hydraulique fut produite non plus par une roue, mais par une turbine. Creusé à flanc de coteau, un canal de 2,800 km de long fut construit: alimenté par le ruisseau du Val, il prenait son origine juste aprés la scierie du Petit Marquis, et grâce â une chute de 40 mètres, amenait la quantité d'eau necessaire pour mettre la scierie en mouvement.
La turbine à axe horizontal et à vannage partiel avait un diamètre extérieur de 1m455, possédait 54 aubes pour un débit normal variant entre 30 et 80 litres, le nombre de tours de la roue était de 232 par minute et la puissance pouvait varier de 16 à 42 chevaux-vapeur.
18 En janvier 1874, elle fut mise en route équipée d'une scie à ruban...
Lors de la période d'occupation 1914-1918, la scierie de Machet avait été utilisée par l'ennemi. A la fin de la guerre, elle était en état de fonctionner mais totalement transformée. La halle avait été démolie et remplacée par une construction en bois bien plus vaste...

(1) Bousson : n.m. français local et patois, grande vis à tête carrée. Forêt de hêtres qui poussaient en buisson.
(2) Paxon : glandée ou pâture
(3) sagârd : n.m. gérant d'une scierie, ouvrier dans une scierie.
(4) Gruyer : il assurait la police, le flottage du bois.
(5) Bas étiage : manque d'eau.
(6) Haut fer : scie verticale entraînée par une came qui lui donne un mouvement alternatif de va et vient, de haut en bas.

Les anciennes usines textiles de Val-et-Châtillon

Plus bas, la commune de VAL-ET-CHATILLON a vu, à partir de 1850, se développer une industrie textile produisant son énergie grâce à la force hydraulique (elle alimentera même la commune en éclairage public).
Nous ne sommes pas dans les Vosges, mais en Meurthe-et-Moselle (54).
Mais le secteur est bien dans le massif vosgien, en l'occurrence dans le piémont vosgien.
Des situations similaires (industrie textile, nombreuses scieries) étaient légion dans la quasi totalité des vallées du massif vosgien, lequel n'englobe pas seulement les Vosges, mais aussi une partie de la Moselle, du Bas-Rhin, du Haut-Rhin, du Territoire de Belfort, du Doubs et de la Meurthe-et-Moselle.

Que reste t-il de ce patrimoine aujourd'hui ?

Sur le millier d'installations hydrauliques existantes dans le massif vosgien au XIXème siècle, seules quelques dizaines subsistent. Comme dit plus haut, la scierie de Machet est la seule survivante coté piémont vosgien 54. Son exploitation économique a néanmoins pu se poursuivre jusqu'en 1993, date à laquelle le dernier sagard a jeté l'éponge. Depuis, le mouvement associatif tente de sauver ce patrimoine ...

Un projet pour la scierie de Machet ?

  • Puisque le film "Les grandes gueules" met en évidence les forêts de sapins, le bûcheronnage, le débardage, le transport, le sciage, les paysages, etc.
  • Puisqu'on constate, 54 ans après, que les Vosges et les vosgiens (au sens strict du terme), mais aussi les lieux des tournages (Gérardmer, Vagney, etc) n'ont pas exploité l'évènement du film,
  • alors dégageons une idée force pour la scierie de Machet et utilisons le film. La scierie pourrait alors être le théâtre, soit de la projection du film, à l'adresse des habitants du massif vosgiens, des nostalgiques, des fans du film, et/ou de ses acteurs (Bourvil, Ventura notamment), des amoureux de la nature, des paysages, du bois, des écolos, etc., soit de toutes autres déclinaisons du film sur les thèmes de l'image ou du son. J'avais d'ailleurs une idée assez précise d'un projet possible. En 2003, j'avais écrit un scénario pour Machet ...

Ce discours, tenu depuis plusieurs décennies et bien que largement approuvé, n'a pas encore pu fédérer suffisamment de forces vives et de moyens pour trouver un début de réalisation.


 
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  Crédit photos : Alain GERARD  |  10 septembre 2018